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Zen.T.® ou la machinerie des machines

Attention, cet article a été écrit par un être humain doté d’un cerveau archaïque, sans assistance artificielle. Vous pourriez y trouver des idées qui sortent des sentiers battus par l’IA.

Dans ce premier article, nous allons évoquer la naissance de Zen.T.® dans un contexte de profonde transformation du secteur de la traduction. Zen.T.® est une marque que j’ai créée en 2026 en réaction à la révolution de l’IA, qui est en train de dévaster, sous nos yeux, ce corps de métier tel que nous l’avons connu jusqu’au tournant des années 2020. Ce premier article aura pour but de poser un diagnostic succinct sur un secteur gravement malade, et d’énumérer certaines des causes qui ont précipité son déclin.

La traduction : proie idéale de l’IA

De nombreux secteurs sont impactés par cette révolution de l’IA : journalistes, avocats, architectes, agents immobiliers ou encore programmeurs, beaucoup voient d’un mauvais œil pointer ce concurrent que nous pourrions, sans faire injure au progrès technologique, taxer de déloyal ; mais aucun secteur n’est autant menacé dans ses fondements que celui de la traduction. C’est que le métier est particulièrement perméable aux vagues déferlantes de l’IA. D’autant que la corporation des traducteurs, si j’ose l’appeler ainsi, est vulnérable : désorganisée par essence (le métier de traducteur est souvent un métier solitaire), elle semble incapable de répondre et encore moins de s’opposer, de manière unanime et solidaire, à la vague qui est en train de l’emporter. Mais nous reviendrons plus en détail sur ce fragile corps de métier (dans lequel, soit dit en passant, je n’inclus pas nécessairement les agences de traduction), en lui consacrant un article à part.

Aujourd’hui, obtenir une traduction, même d’un grand volume de mots, est un jeu d’enfant. Il suffit de se rendre sur Google Translate ou DeepL (pour Deep Learning, sorte de réseau neuronal artificiel à plusieurs couches, conçu par l’humain, qui apprend à améliorer ses performances en ajustant ses connexions à partir de données que l’humain – encore lui – lui fournit) ; il vous suffit disais-je donc de téléverser votre document sur l’une de ces plateformes, et en quelques secondes la Machine Translation a généré votre traduction. Rapide, gratuit, d’une qualité acceptable et en progrès constant. En somme, que demande le peuple ?

À dire vrai, et comme c’est toujours le cas avec l’innovation technologique, le peuple n’avait rien demandé : il n’a eu qu’à saisir au vol de ses mains attentistes l’opportunité que l’IA lui présentait, profitant de l’aubaine économique sans se soucier des éventuels dangers que cette nouvelle technologie, à la portée de tout être humain doté d’un réseau internet (condition sine qua non !), pouvait amener dans sa vie – et par vie je me réfère aussi à l’espace symbolique fait de conscience dans lequel il pense, élabore, réfléchit et se projette et où jusqu’à présent on n’a pas encore réussi, malgré l’ingénierie sociale qui y travaille, à pénétrer tout à fait.

Pour le Peuple des Traducteurs, en revanche, en quelques années, la vague de l’IA s’est transformée en tsunami, avec pour conséquence immédiate de remettre totalement en cause les fondements mêmes de la profession, et donc le statut, autrefois honorable, du traducteur ; relégué à une sorte de relecteur premium de la Machine Translation, il n’a pas eu son mot à dire, pas eu le temps de s’organiser ni de préparer une riposte tant l’onde fut soudaine, colossale, imparable.

En vulgarisant la traduction, l’IA a par là même fragilisé les petits traducteurs indépendants, dégradant leurs conditions de travail au point de vue économique mais aussi et avant tout au point de vue technique, c’est-à-dire à travers les nouvelles tâches que le traducteur s’est vu confier malgré lui (comprenez : de moins en moins de traduction et de plus en plus de « MTPE », pour Machine Translation Post-Editing). Nous aurons l’occasion d’écrire plus en avant sur cette épineuse question de l’évolution du métier et de présenter un concept auquel je tiens tout particulièrement : « l’éthique de la traduction ».

Les agences : agents doubles !

Mais il y a également un troisième point de vue et c’est celui-ci que je voudrais aborder dans cet article : l’aspect structurel – car c’est avant tout par là que le bas a blessé. Par « aspect structurel », je me réfère à la vieille architecture du secteur de la traduction, constituée du Peuple des Traducteurs d’un côté, des clients de l’autre, et des agences de traduction au milieu : sorte d’intermédiaire, son rôle principal (elle en a beaucoup d’autres) est de faire le lien, un peu comme dans le secteur immobilier, entre les demandeurs et les prestataires. Bien sûr, il existe la possibilité de passer outre cet intermédiaire, tout comme dans l’immobilier du reste ; mais il n’en demeure pas moins que les agences sont un acteur incontournable et qu’elles jouent un rôle central – et par le passé souvent bénéfique, même si d’aucuns les ont toujours fuies comme la peste – dans la structure du secteur.

Personnellement, j’ai toujours apprécié travailler avec les agences de traduction, et loin de moi l’idée de les attaquer sans détour. Elles m’ont permis de développer mon activité et ont longtemps été comme des impresarios me trouvant sans cesse de nouveaux rôles à interpréter. Rappelons pour les dédouaner que c’est toujours le marché qui dicte sa loi et, malheureusement, les agences n’ont pas eu d’autre choix que de s’adapter au marché. Certes, c’est l’excuse qu’elles se sont empressées de brandir à tout va pour justifier leur allégeance désormais totale à l’IA, et disons-le haut et fort, on ne peut pas dire qu’elles se soient souciées du sort de leurs modestes collaborateurs. Mais difficile de leur jeter la pierre, car business is business. Jusqu’en 2020, le petit traducteur pouvait s’appuyer sur les agences dans une sorte de collaboration win-win qui, aujourd’hui, a perdu tout son sens. Car si les tarifs, du fait de la prolifération de la MTPE, ont baissé, c’est au détriment des traducteurs indépendants seuls et non pas des agences qui, dans la plupart des cas, ont maintenu leur marge, faisant payer le coût de l’IA aux petits traducteurs. Je donne un exemple chiffré et purement hypothétique pour illustrer ce propos : supposons qu’avant l’avènement de l’IA, une agence faisait payer son service de traduction 0,09 centime au mot : elle en reversait 0,06 au traducteur et prenait sa « commission » de 0,03 centime ; aujourd’hui, elle fait payer son service de MTPE 0,06 centime et elle en reverse 0,03 au traducteur. Elle a donc maintenu sa marge de 0,03 centime – et peu importe au fond le service qu’elle a offert pour cela. De son côté, le traducteur a mécaniquement divisé ses revenus par deux, c’est incontestable. J’ai entendu mille fois l’argument selon lequel le traducteur n’a qu’à « doubler son volume de mots » pour compenser la perte – et nous reviendrons en détail sur cet argument fallacieux que les modernes adeptes du progrès martèlent sans cesse comme un mantra, et qui présente bien des failles.

Au demeurant, on peut même dire que les agences (celles qui ont saisi le mieux l’opportunité de l’IA, c’est-à-dire les pionnières) ont augmenté leurs profits, tandis que les petits traducteurs impréparés voyaient les leurs fondre comme neige au soleil ; et ce mécanisme pernicieux est facilement démontrable : si d’un côté les agences n’ont pas eu à rogner sur leurs marges et que, de l’autre, la MTPE a permis de traduire des volumes beaucoup plus conséquents, pour elles les flux économiques n’ont pu qu’augmenter. On peut donc dire que les agences de traduction ont su tirer profit de la révolution de l’IA, et qu’elles ont même tout intérêt à ce que son emprise sur le secteur s’accentue, puisqu’elles sont gagnantes. Je laisse à mon lecteur le loisir d’en tirer toutes les conclusions que sa réflexion lui suggère sur ce point. Pour ma part, il est évident que cela ne peut déboucher que sur une rupture nette avec l’ancien modèle : il ne s’agit pas nécessairement de rejeter les agences en bloc, mais bien de repenser en profondeur la relation entre le traducteur et son client final. Pendant longtemps, l’agence a constitué un passage presque obligé ; demain, la traduction humaine de qualité devra davantage reposer sur une relation directe, en mettant en relation les personnes qui partagent l’idée que la qualité doit absolument primer sur la quantité.

L’argument infaillible de la quantité

On me rétorquera – je reviens encore sur leur marotte – que le petit traducteur, s’il veut bien daigner s’adapter, peut lui aussi booster ses bénéfices, puisqu’il peut traiter plus de mots dans sa journée de travail en « mode MTPE » qu’en « mode Traduction », compensant ainsi la baisse de la qualité du travail par la hausse de la quantité traitée. Comme je l’ai dit, les fanatiques de la MTPE scandent cet argument à tort et à travers ; même dans les cours de formation que j’ai pu suivre ces dernières années, j’ai entendu tout le bien que les formateurs pensaient de l’IA, qu’ils voient sempiternellement comme une opportunité, jamais comme un danger ou un avilissement. À croire qu’ils se sont passé le mot, comme si cet optimisme de façade qui caractérise si vulgairement notre époque nous empêchait d’avoir des réticences ou simplement de réfléchir sur des questions qui, a minima, devraient susciter le débat. De mon côté, je persiste et signe : ce raisonnement est bancal, et personnellement je le réfute, du moins en partie. D’abord, parce que rien ne dit qu’un petit traducteur va doubler son volume de mots en un claquement de doigts (ou que les agences pour qui il travaille vont le lui apporter), ni même que le positionnement en tant que prestataire de service MTPE réponde aux mêmes stratégies que celui de prestataire de traduction ; ensuite, parce que rien ne dit que le marché pourra continuellement lui apporter une telle quantité de mots ; enfin et surtout, parce que le travail en mode MTPE est abrutissant et que la concentration pour ce genre de tâches dégradantes n’est pas un capital intarissable, sans parler du manque de motivation qu’un traducteur diplômé peut ressentir à l’idée de devoir réaliser une activité, si ce n’est ingrate, pour le moins bien en deçà de ce que son savoir-faire devrait lui permettre d’accomplir. Demandez à un sculpteur de se borner à faire de la taille de pierre, n’en éprouvera-t-il pas une frustration plus que légitime ?

Si l’on osait pousser le raisonnement jusque dans ses retranchements éthiques et philosophiques, il faudrait absolument arguer ici qu’une traduction préexistante agit comme un filtre et que, par conséquent, jamais un traducteur ne pourra atteindre, en relisant la machine, la qualité qu’il aurait obtenue en traduisant le texte ex nihilo. Le reléguer au rang de relecteur, c’est lui retirer sa créativité et limiter son champ d’action, ce qui soit dit en passant est une tendance que l’on retrouve dans bien des strates de la société moderne, où les personnes, bon gré mal gré, sont de plus en plus assistées par les robots. Qui détermine les orientations linguistiques prises par la machine ? Comment est érigé le modèle qui produit le texte ? Et surtout : qui est l’auteur de la traduction ? C’est là tout l’enjeu volontairement dissimulé de cette révolution technologique, enjeu que je détaillerai prochainement à partir de mon concept « d’éthique de la traduction ».

Zen.T.® : en défense de la traduction humaine !

Avec Zen.T.® que je considère comme un retour aux sources, et qui met en exergue l’idée de « Slow Translation », il n’est pas question de nier l’évidence. L’IA ira de l’avant et rien ne pourra l’arrêter. Nous ne pouvons que l’accepter et même, en quelque sorte, nous en faire un allié. Un allié de circonstance dans notre démarche de nous démarquer en proposant un service qui reste fidèle à la Tradition. Ne pas céder aux sirènes de la modernité et maintenir une offre de traduction qui respecte les fondamentaux du métier tel qu’il nous a été transmis et tel que notre créativité lui donne forme ; un service de traduction sans IA, 100 % humaine, de qualité supérieure, et dont la vertu première serait d’être inimitable, non reproductible, non issue d’un modèle. Tout modèle tend à l’uniformisation et à la standardisation et c’est ce que nous devons combattre, à notre modeste échelle. Pour cela, il nous faut mettre en avant la traduction humaine comme gage de qualité, d’originalité, de défense de la richesse linguistique et donc, fatalement, de prospérité pour qui comprend l’importance d’un tel investissement et fait appel en conscience à un traducteur en chair et en os. Une offre qui, pour nos clients, constitue une valeur ajoutée dans un univers linguistique de plus en plus conformiste et autoréférentiel, où le langage stricto sensu, souvent généré par IA, inonde et sature les canaux de communication, tendant paradoxalement – et c’est là tout l’intérêt de notre engagement – à appauvrir le langage lato sensu.

À bientôt pour un prochain article sur le Peuple des Traducteurs, le blog de Zen.T.®.